Indivision immobilière : règles juridiques et fiscales

📌 L’essentiel de l’article

  • Propriété collective : chaque indivisaire détient une quote-part abstraite du bien, sans être propriétaire d’une partie matériellement déterminée.
  • Décisions : les actes conservatoires peuvent être accomplis par un seul indivisaire ; les actes d’administration relèvent généralement de la majorité des deux tiers des droits indivis ; les actes de disposition exigent en principe l’unanimité.
  • Occupation du bien : une indemnité peut être due lorsqu’un indivisaire bénéficie d’une jouissance privative excluant les autres.
  • Sortie : tout indivisaire peut demander le partage, sous réserve des règles particulières permettant au juge de maintenir ou de différer temporairement l’indivision.
  • Convention : une convention d’indivision permet d’organiser la gestion, les dépenses, l’occupation et, le cas échéant, la désignation d’un gérant.
  • Fiscalité : les revenus et les plus-values sont en principe imposés au nom de chaque indivisaire, à proportion de ses droits.

L’indivision immobilière est une situation juridique fréquente, qui se rencontre souvent à l’occasion d’une succession, ou lorsqu’un couple ou plusieurs proches acquièrent ensemble un appartement ou une maison.

Elle correspond à la propriété collective d’un bien immobilier sans qu’il soit matériellement divisé.

Chaque indivisaire détient ainsi une quote-part abstraite et exerce ses droits sur la totalité du bien.

Derrière cette apparente simplicité se cachent des règles de gestion précises, des contraintes juridiques parfois lourdes et des conséquences fiscales non négligeables.

Cet article présente les principales règles juridiques et fiscales applicables à l’indivision immobilière, notamment en matière de gestion, d’occupation et de sortie de l’indivision.

Indivision immobilière : fonctionnement, risques et fiscalité expliqués simplement

Note de mise à jour

Cette vidéo présente les principes généraux de l’indivision. L’article ci-dessous intègre notamment les évolutions issues de la loi du 7 avril 2026 relatives à certaines indivisions bloquées.

Définition de l’indivision immobilière

Dans le régime de l’indivision, aucun indivisaire ne dispose d’une partie déterminée du bien immobilier commun.

Tous sont propriétaires en commun du bien concerné (par exemple un appartement ou une maison), à proportion de leurs droits, qu’il ait été acquis par héritage, par achat ou par donation notamment.

Cette propriété indivise impose un fonctionnement collectif.

Les décisions relatives au bien doivent être prises selon des règles de majorité définies par les articles 815 et suivants du Code civil.

Les actes de disposition, tels que la vente du bien indivis ou la constitution d’une hypothèque, requièrent en principe l’accord de tous les indivisaires, sous réserve des procédures légales permettant, dans certaines situations, de passer outre une opposition ou une carence.

Les actes d’administration relatifs aux biens indivis peuvent, en principe, être décidés par le ou les indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits indivis, sous réserve d’en informer les autres indivisaires.

Les mesures nécessaires à la conservation du bien peuvent, quant à elles, être prises par un seul indivisaire, sans qu’une situation d’urgence soit systématiquement exigée.

L’indivision peut apparaître comme une solution transitoire ou volontairement choisie, permettant de conserver un patrimoine commun sans avoir à le partager immédiatement.

Cette cogestion est souvent à l’origine de tensions.

Lorsqu’un indivisaire bénéficie d’une jouissance privative du logement, c’est-à-dire lorsque son occupation empêche concrètement les autres indivisaires d’en faire le même usage, il est en principe redevable d’une indemnité envers l’indivision, sauf convention contraire.

La seule occupation du bien ne suffit donc pas toujours à caractériser une jouissance privative.

L’action relative aux fruits et revenus de l’indivision, notamment à l’indemnité d’occupation, est en principe soumise à une prescription de cinq ans.

Les désaccords peuvent vite paralyser la gestion, notamment lorsque les indivisaires ont des projets divergents quant à l’avenir du bien.

indivision immobilière

La gestion quotidienne et les charges

La vie de l’indivision implique un partage des fruits et des charges.

Si le logement est donné en location nue, chaque indivisaire est en principe imposé sur la quote-part de revenus fonciers correspondant à ses droits, même si les loyers sont matériellement encaissés par un seul d’entre eux.

La contribution définitive aux charges dépend de leur nature et des droits de chacun.

Les dépenses nécessaires à la conservation du bien, les frais d’entretien, les travaux, les échéances d’emprunt ou les taxes acquittées par un seul indivisaire peuvent donner lieu à des comptes entre indivisaires, notamment lors du partage.

Leur répartition n’est donc pas toujours strictement identique à la quote-part de propriété.

En revanche, une dépense exclusivement personnelle ou étrangère à l’intérêt de l’indivision n’a pas vocation à être supportée par l’ensemble des indivisaires.

L’analyse dépend toutefois de la nature de la dépense, de son utilité pour le bien et des accords conclus entre les intéressés.

Pour prévenir certains blocages, les indivisaires peuvent conclure une convention d’indivision.

Elle doit être établie par écrit et préciser les biens concernés ainsi que les droits de chaque indivisaire.

Lorsqu’elle porte sur un immeuble, elle doit être reçue par un notaire.

La convention peut notamment organiser les règles de gestion, la répartition des charges et des revenus, les modalités d’occupation du bien et la désignation éventuelle d’un gérant.

Elle peut être conclue pour une durée déterminée, en principe limitée à cinq ans mais renouvelable, ou pour une durée indéterminée.

Sans elle, c’est le régime légal, plus rigide, qui s’applique.

Le droit de sortir de l’indivision

L’article 815 du Code civil affirme un principe fondamental : nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision.

Tout indivisaire peut donc demander à tout moment le partage du bien.

Si tous les indivisaires s’entendent, le partage peut se faire à l’amiable, par exemple par attribution du logement à l’un d’entre eux avec indemnisation des autres, ou par vente du bien et répartition du prix.

En cas de désaccord sur le principe ou les modalités du partage, celui-ci peut devenir judiciaire.

Selon la situation, le tribunal peut organiser les opérations de liquidation et de partage, ordonner la vente du bien lorsqu’il ne peut être commodément partagé ou statuer sur une demande d’attribution préférentielle lorsqu’elle est légalement possible.

Un indivisaire peut céder ses droits indivis. Lorsqu’il envisage de les vendre à une personne étrangère à l’indivision, les autres indivisaires disposent, sous réserve du respect de la procédure de notification prévue par le Code civil, d’un droit de préemption leur permettant de se substituer à l’acquéreur aux mêmes conditions.

Cela étant, la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a introduit un mécanisme destiné à faciliter la vente de certains biens indivis lorsqu’une succession est paralysée par le refus ou l’inertie d’un héritier.

Sous réserve des conditions prévues par le texte, un héritier peut demander au juge l’autorisation de vendre le bien sans engager immédiatement une procédure complète de partage judiciaire.

Cette autorisation n’est pas automatique. Le juge doit notamment vérifier que la vente répond à l’urgence et à l’intérêt commun des héritiers indivisaires.

Ce mécanisme ne supprime pas le principe selon lequel nul ne peut être contraint de demeurer dans l’indivision et ne remplace pas la procédure de partage lorsque le désaccord porte plus largement sur la liquidation ou la composition des lots.

Les conséquences fiscales d’une indivision

L’indivision entraîne des conséquences fiscales importantes.

La taxe foncière constitue une charge attachée au bien indivis et doit, dans les rapports entre indivisaires, être répartie selon leurs droits ou les accords applicables.

Les modalités d’établissement de l’avis d’imposition et de paiement peuvent toutefois différer de cette répartition interne.

La taxe d’habitation sur les résidences secondaires obéit à une logique différente : elle est principalement liée à la disposition ou à l’occupation effective du logement au 1er janvier.

Si le logement est donné en location nue, chaque indivisaire est en principe imposé sur la quote-part de revenus fonciers correspondant à ses droits, même si les loyers sont matériellement encaissés par un seul d’entre eux.

Lors d’une vente, la plus-value immobilière est calculée pour chaque indivisaire en fonction de sa quote-part.

Les accords privés entre indivisaires sur la répartition du prix n’ont aucun effet vis-à-vis de l’administration fiscale, qui retient en principe les quotes-parts de propriété résultant des actes applicables.

Une règle particulière s’applique à l’exonération des petites cessions immobilières.

Lorsque le bien est détenu en indivision, le seuil de 15 000 € prévu pour l’exonération de plus-value s’apprécie au niveau de la quote-part cédée par chaque indivisaire, et non d’après le prix global de l’immeuble.

Cela étant, l’indivision immobilière est un régime juridique souvent contraignant.

Elle permet de conserver un bien commun sans le diviser, mais impose une gestion collective qui peut s’avérer complexe.

Sur le plan fiscal, elle entraîne une imposition proportionnelle aux droits de chacun, tant pour les revenus que pour les plus-values, avec des règles précises à respecter.

Pour prévenir les blocages, une convention d’indivision peut être formalisée, afin notamment d’envisager les modalités de gestion du bien et de sortie.

Une convention bien rédigée, une comptabilité claire des dépenses et une anticipation des conditions de sortie permettent de limiter une grande partie des difficultés.

En présence d’un blocage, d’une occupation exclusive, de travaux importants ou d’un désaccord sur le partage, une analyse juridique et fiscale du dossier peut néanmoins être nécessaire.


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Didier MAJEROWIEZ

L'auteur de cet article

Avec plus de 20 ans d’expérience en droit fiscal et en droit du patrimoine, dont plusieurs années au sein du cabinet Deloitte, Didier MAJEROWIEZ décrypte sur Fiscaloo des problématiques d’impôt, de patrimoine et d’entreprise.

Diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est titulaire du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA), obtenu en 2003.

Ses analyses portent notamment sur le contrôle et le contentieux fiscal, la fiscalité internationale, la fiscalité immobilière, la structuration fiscale et patrimoniale, ainsi que la transmission de patrimoine.

Régulièrement sollicité par des médias spécialisés, il apporte un éclairage technique sur les évolutions récentes et les difficultés d’application de ces matières.

Ses décryptages sont également diffusés sur LinkedIn, YouTube, TikTok, Instagram et les plateformes de podcast, auprès de plus de 35.000 abonnés, avec plusieurs millions de vues et d’impressions cumulées.

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