Statut du bailleur privé : focus sur le dispositif Jeanbrun

📝 Mis à jour le 22/02/2026 | Par Didier Majerowiez

📌 L’essentiel de l’article

  • Principe : le statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun), issu de la loi de finances pour 2026, permet d’amortir jusqu’à 80 % du prix d’acquisition d’un logement loué nu à usage de résidence principale.
  • Biens concernés : logements neufs ou anciens avec travaux de réhabilitation significatifs (au moins 30 % du prix d’acquisition), situés dans des immeubles d’habitation collectifs.
  • Taux d’amortissement : de 3 % à 5,5 % par an selon la nature du logement (neuf ou ancien rénové) et le niveau de loyer pratiqué (intermédiaire, social ou très social).
  • Plafond annuel : les amortissements déductibles sont limités à 8.000 € par an et par foyer fiscal, plafond porté à 10.000 € ou 12.000 € lorsque les revenus proviennent majoritairement de locations sociales ou très sociales.
  • Engagement de location : le bien doit être loué nu, à titre de résidence principale, pendant au moins 9 ans, sous plafonds de loyers et de ressources.
  • Régime fiscal : l’option entraîne l’application du régime réel des revenus fonciers (exclusion du micro-foncier) et permet l’imputation du déficit foncier dans les conditions de droit commun.
  • Point d’attention majeur : en cas de revente, le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est diminué du montant des amortissements pratiqués, ce qui peut augmenter la plus-value imposable.

L’article 47 de la loi de finances pour 2026 a consacré le « statut fiscal du bailleur privé », plus communément désigné sous le nom de « dispositif Jeanbrun ».

Sur le papier, le mécanisme paraît séduisant : il permet d’amortir jusqu’à 80% du prix d’acquisition d’un logement loué nu.

Mais derrière l’effet d’annonce, le dispositif mérite d’être examiné avec précision.

Car au-delà des avantages fiscaux, il existe des contraintes significatives.

Cet article a pour objet de faire un point sur les modalités du statut de bailleur privé, les règles fiscales applicables, ainsi que certains points de vigilance.

bailleur privé

Un retour assumé à la logique d’amortissement

Le cœur du statut du bailleur privé repose sur un mécanisme d’amortissement.

Concrètement, le propriétaire peut déduire chaque année de ses revenus fonciers un pourcentage de la valeur du bien, dans la limite globale de 80% du prix d’acquisition.

A cet égard, bien que l’amortissement se calcule sur le prix d’acquisition du logement, la loi de finances pour 2026 a précisé qu’il convient de déduire de ce prix la valeur du foncier. Celle-ci est évaluée forfaitairement à 20% du prix d’acquisition.

Cela étant, les taux d’amortissement varient selon deux critères : la nature du logement et le niveau d’engagement social.

Dans l’immobilier neuf, l’amortissement annuel est fixé à 3,5% en location intermédiaire, 4,5% en location sociale et 5,5% en location très sociale.

Dans l’immobilier ancien rénové, les taux sont respectivement de 3%, 3,5% et 4%, sous réserve de travaux représentant au moins 30% du prix d’acquisition et répondant aux critères de « réhabilitation lourde » prévus par le Code général des impôts.

Contrairement à l’ancien dispositif Pinel, il ne s’agit plus ici d’une réduction d’impôt, mais d’une diminution de la base imposable.

L’effet dépend donc du niveau de revenus, du taux marginal d’imposition et de la capacité du foyer à absorber le déficit foncier.

A noter que le dispositif est plafonné.

Les amortissements déductibles ne peuvent excéder 8.000 euros par an et par foyer fiscal.

Ce plafond est porté à 10.000 euros ou 12.000 euros lorsque les revenus bruts proviennent majoritairement (plus de 50%) de locations sociales ou très sociales.

Le nombre d’investissements n’est pas limité.

Un cadre strict : location nue et engagement de 9 ans

Le statut du bailleur privé n’est pas un outil « tous publics ».

Il suppose un engagement de location nue, à usage de résidence principale du locataire, pour une durée minimale de neuf ans.

La location doit être effective et continue.

Le bien immobilier doit être situé en France (sans zonage particulier), dans un bâtiment d’habitation collectif, et être acquis avant la fin de l’année 2028.

Cela exclut donc les maisons individuelles.

Le dispositif bénéficie aux personnes physiques, y compris lorsqu’elles investissent via une société non soumise à l’impôt sur les sociétés (par exemple une SCI à l’IR).

La location doit intervenir dans les douze mois suivant l’achèvement ou l’acquisition du logement.

La location meublée est exclue. Les revenus découlant de la location doivent en effet être qualifiés de revenus fonciers.

La location à un membre du foyer fiscal ou à un proche jusqu’au deuxième degré l’est également.

Par ailleurs, le bien doit être loué sous plafond de loyers et de ressources.

En pratique, cela signifie que le bailleur renonce à la liberté totale de fixation du loyer.

C’est le prix à payer pour bénéficier de l’amortissement.

Dans l’ancien, la condition de travaux (au moins 30% du prix d’acquisition) avec des exigences élevées en matière de performance énergétique, constitue un véritable filtre.

Ce point suscite d’ailleurs déjà des interrogations chez de nombreux professionnels.

Cela étant, l’option pour l’amortissement est exercée lors du dépôt de la déclaration de revenus de l’année d’achèvement ou d’acquisition et elle est irrévocable pour le logement concerné.

Déficit foncier et plus-value : l’envers du décor

L’un des points forts du dispositif Jeanbrun réside dans son articulation avec le régime du déficit foncier.

Les déficits fonciers, hors intérêts d’emprunt, sont imputables sur le revenu global dans la limite annuelle de 10.700 euros, voire 21.400 euros en cas de travaux de rénovation énergétique répondant aux conditions spécifiques.

L’excédent s’impute sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Pour les contribuables fortement fiscalisés, l’effet peut être significatif.

Autre élément important : l’avantage lié à l’amortissement n’entre pas dans le plafonnement global des niches fiscales.

Mais il existe un revers.

En cas de revente, le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est diminué du montant des amortissements pratiqués.

Autrement dit, l’économie d’impôt réalisée pendant la détention du bien se traduit mécaniquement par une plus-value imposable plus élevée lors de la cession, sauf exonération liée à la durée de détention.

Le dispositif s’inscrit donc clairement dans une logique de détention longue.

Une évolution vers un véritable « statut » de bailleur privé ?

Au-delà des aspects fiscaux, le dispositif Jeanbrun traduit une volonté politique : reconnaître le bailleur privé comme un acteur économique stable, et non comme un simple investisseur opportuniste attiré par une niche temporaire.

L’amortissement, par nature étalé dans le temps, incite à la conservation du bien.

L’engagement de location de neuf ans renforce cette orientation.

Pour autant, le dispositif n’est pas neutre en termes de contraintes.

Plafonds de loyers, exigences énergétiques, impossibilité de le cumuler, pour un même logement, avec certains dispositifs de réduction d’impôt (notamment Malraux, Denormandie ou certains régimes outre-mer, selon les cas), sortie du micro-foncier, etc.

L’arbitrage mérite d’être soigneusement étudié.

En définitive, le statut du bailleur privé peut constituer un outil intéressant pour les investisseurs inscrits dans une stratégie patrimoniale de long terme et disposant de revenus fonciers significatifs.

Il ne s’agit ni d’un « super avantage fiscal » universel, ni d’un simple successeur du Pinel, mais d’un mécanisme plus structuré, plus technique et plus exigeant.

Comme souvent en matière de fiscalité immobilière, la pertinence du dispositif dépendra moins du texte lui-même que de la situation concrète du contribuable et de la stratégie retenue.

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Didier MAJEROWIEZ
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L'auteur de cet article

Avec plus de 20 ans d’expérience en droit fiscal et en droit du patrimoine, dont plusieurs années au sein du cabinet Deloitte, Didier MAJEROWIEZ décrypte sur Fiscaloo des problématiques d’impôt, de patrimoine et d’entreprise. Diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est titulaire du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA), obtenu en 2003.

Ses analyses portent notamment sur le contrôle et le contentieux fiscal, la fiscalité internationale, la fiscalité immobilière, la structuration fiscale et patrimoniale, ainsi que la transmission de patrimoine.

Régulièrement sollicité par des médias spécialisés, il apporte un éclairage technique sur les évolutions récentes et les difficultés d’application de ces matières.

Ses décryptages sont également diffusés sur LinkedIn, YouTube, TikTok et les plateformes de podcast, avec une audience cumulée de plus de 30.000 abonnés.

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