Contentieux fiscal : procédure, délais et juridiction compétente (2026)
📝 Mis à jour le 07/04/2026 | Par
📌 L’essentiel de l’article
- Principe : en matière fiscale, le contribuable doit, en principe, adresser une réclamation préalable à l’administration avant de saisir le juge.
- Deux contentieux à distinguer : le contentieux de l’assiette concerne l’établissement de l’impôt ; le contentieux du recouvrement porte sur les poursuites engagées pour obtenir le paiement.
- Juridiction compétente : les juridictions administratives sont compétentes pour les impôts directs et les taxes sur le chiffre d’affaires ; les juridictions judiciaires le sont notamment pour les droits d’enregistrement, certaines taxes assimilées et certains impôts indirects.
- Délai devant le tribunal administratif : en principe, le contribuable dispose de deux mois à compter de la notification de la décision sur réclamation pour saisir le tribunal administratif.
- Silence de l’administration : en l’absence de réponse dans les six mois, le contribuable peut saisir le juge sans attendre une décision expresse.
- Point de vigilance : la réclamation préalable est une étape obligatoire et elle fixe l’objet du litige ; le juge ne peut pas accorder plus que ce qui a été demandé à l’administration.
Le contentieux fiscal obéit à des règles procédurales particulières.
En principe, le contribuable qui conteste une imposition doit d’abord adresser une réclamation fiscale à l’administration avant de pouvoir saisir le juge.
Si cette réclamation est rejetée, expressément ou implicitement après six mois d’instruction, le litige peut alors être porté devant la juridiction compétente.
La réclamation préalable fixe l’objet du litige. En pratique, le juge de l’impôt ne peut pas accorder une décharge ou une réduction supérieure à celle qui a été demandée à l’administration.
Le contentieux fiscal se caractérise par une dualité de juridictions, selon la nature de l’impôt contesté, ainsi que par la distinction entre contentieux de l’assiette et contentieux du recouvrement.
Cet article fait le point sur la procédure applicable en matière de contentieux fiscal, les juridictions compétentes et les principaux délais à respecter.
Sommaire de la page
Règles procédurales devant la juridiction administrative
Au préalable, il sera fait observer qu’il existe deux grands types de recours contentieux.
Dans le cadre du « contentieux du recouvrement », le contribuable exerce une opposition aux poursuites en paiement de l’imposition litigieuse.
Dans le cadre du « contentieux de l’assiette », le contribuable exerce un recours pour obtenir la décharge totale ou partielle des suppléments d’imposition en litige et des pénalités y afférentes.
Le présent article se focalise sur le contentieux de l’assiette.
Le contentieux du recouvrement obéit à des règles spécifiques, notamment sur le fondement de l’article L. 281 du Livre des procédures fiscales, même s’il suppose lui aussi, en principe, une phase administrative préalable.
Cela étant, le tribunal administratif est compétent en matière d’impôts directs, de taxes sur le chiffre d’affaires, ainsi que d’impôts locaux.
En principe, le tribunal administratif territorialement compétent est déterminé selon les règles de compétence prévues par le code de justice administrative, en lien avec le lieu d’imposition ou l’autorité administrative concernée.
La procédure devant le tribunal administratif est écrite et contradictoire.
Conformément aux dispositions de l’article R.199-1 du Livre des procédures fiscales, le contribuable bénéficie d’un délai de deux mois pour saisir le tribunal administratif compétent.
Par une décision du 13 mai 2024, le Conseil d’État a jugé que, sauf texte contraire, la date à retenir pour apprécier si le recours a été formé dans le délai est la date d’expédition de la requête, le cachet de la poste faisant foi (CE, sect. 13 mai 2024, n° 466541).
Ce délai court à compter du rejet de la réclamation fiscale (date à laquelle la décision de rejet a été notifiée au contribuable).
Ce délai de saisine est un « délai franc ».
Cela signifie en pratique que le jour de la notification de la décision de rejet de la réclamation n’est pas pris en compte pour le calcul du délai de deux mois.
Par ailleurs, si le dernier jour du délai est un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai est prorogé jusqu’au premier jour ouvrable suivant.
En principe, la décision de rejet de la réclamation mentionne les voies et délais de recours.
Si la décision de rejet ne mentionne pas les voies et délais de recours, le contribuable n’est pas enfermé dans le délai classique de deux mois.
Il doit toutefois agir dans un délai raisonnable, en principe d’un an à compter de la date à laquelle il a eu connaissance de la décision, sauf circonstances particulières (CE avis 21 octobre 2020 n°443327).
À noter que le contribuable peut également saisir le tribunal administratif à l’expiration d’un délai de six mois à compter de la présentation de sa réclamation à l’administration.
À l’expiration de ce délai de six mois, le contribuable peut saisir le tribunal, même en l’absence de décision expresse de l’administration.
Aucun délai n’est alors imparti au contribuable pour saisir le tribunal compétent (sauf s’il reçoit entre-temps la décision de rejet formelle de sa réclamation).
Pour saisir le tribunal administratif, le contribuable doit déposer une requête introductive d’instance.
La requête peut être présentée par le contribuable lui-même ou par un mandataire de son choix. Lorsqu’il est représenté par un avocat, la saisine du tribunal s’effectue par voie électronique via Télérecours.
La requête introductive d’instance mentionne les faits de l’affaire, ainsi que les moyens et conclusions du contribuable.
Elle doit être accompagnée de la décision de rejet de la réclamation (si celle-ci a été notifiée).
L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire en première instance, mais est généralement recommandée compte tenu de la complexité des règles de procédure.
L’administration fiscale peut répliquer à l’argumentaire soulevé par le contribuable dans sa requête introductive d’instance via un mémoire en défense.
Le contribuable peut répliquer à ce mémoire en défense via un mémoire en réplique.
C’est le greffe du tribunal qui se charge de communiquer les mémoires à chaque partie.
Le jour de l’audience devant le tribunal administratif, le contribuable peut présenter des observations orales directement ou via son avocat.
Il est possible d’interjeter appel de la décision du tribunal administratif, dans les deux mois de sa notification, devant la cour administrative d’appel (sauf dans certains cas spécifiques).
À noter que la requête d’appel doit obligatoirement être présentée par un avocat (via l’application Télérecours).
Le pourvoi en cassation s’exerce devant le Conseil d’État.

Règles procédurales devant la juridiction judiciaire
Le tribunal judiciaire est compétent en matière de droits d’enregistrement, de taxe de publicité foncière, de contributions indirectes, ainsi que d’impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Le partage des compétences entre les deux ordres de juridiction est prévu par les dispositions de l’article L.199 du Livre des procédures fiscales.
Le tribunal judiciaire est saisi par une assignation qui doit être signifiée par un commissaire de justice.
Comme pour le tribunal administratif, le tribunal judiciaire doit être saisi dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de rejet de la réclamation fiscale.
Par ailleurs, en cas de silence de l’administration fiscale sur la réclamation pendant 6 mois à compter de sa présentation, le contribuable peut saisir le tribunal judiciaire compétent, sans qu’un délai particulier ne lui soit imparti pour ce faire (sauf si une décision expresse intervient entre-temps).
À noter que la représentation par avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire.
La compétence territoriale du tribunal judiciaire obéit à des règles spécifiques qu’il convient de vérifier selon la nature de l’impôt contesté et le service fiscal concerné.
La procédure se déroule par des échanges de conclusions entre les parties, et ce, jusqu’à la clôture de l’instruction.
Bien que la procédure soit écrite, l’avocat du contribuable peut malgré tout présenter des observations orales le jour de l’audience.
Il est possible d’exercer un recours à l’encontre de la décision du tribunal judiciaire devant la cour d’appel.
L’appel doit être formé dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement.
La déclaration d’appel est formée par un avocat via le portail « e-barreau ».
Les conclusions doivent être transmises au greffe dans un délai de trois mois à compter de la déclaration d’appel.
Le pourvoi en cassation s’effectue devant la Cour de cassation. Il doit être présenté par un avocat à la Cour de cassation.
Il convient enfin de distinguer la réclamation contentieuse du recours gracieux. Celui-ci tend à obtenir de l’administration une remise ou une modération pour des motifs de bienveillance et n’obéit pas au même régime que le contentieux fiscal proprement dit. Il ne proroge pas, en principe, les délais du recours contentieux.
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Sources législatives et doctrinales
- Article L.199 du Livre des procédures fiscales.
- Article R.199-1 du Livre des procédures fiscales.
- Article R.199-2 du Livre des procédures fiscales.
- Article R 200-2 du Livre des procédures fiscales.
- Articles R.202-1 à R.202-4 du Livre des procédures fiscales.
- BOI-CTX-ADM : Procédure devant les juridictions de l’ordre administratif.
- BOI-CTX-JUD : Procédure devant les juridictions de l’ordre judiciaire.
- Service-Public.fr : Réclamations et recours en justice en matière d’impôt.
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