Intégration fiscale : conditions, avantages et inconvénients

📌 L’essentiel de l’article

  • Définition : L’intégration fiscale permet à une société mère de devenir seule redevable de l’impôt sur les sociétés dû par les sociétés membres du groupe.
  • Modalités : Le groupe suppose une détention directe ou indirecte d’au moins 95 % du capital social et des droits de vote des filiales intégrées, appréciée selon des modalités spécifiques, notamment en présence de dispositifs d’actionnariat salarié.
  • Conséquences fiscales : L’intégration permet notamment la compensation des bénéfices et déficits entre sociétés du groupe, ainsi qu’un traitement fiscal favorable de certaines distributions intragroupe, sous réserve des conditions et retraitements propres au régime.
  • Point de vigilance : L’imposition du résultat d’ensemble au niveau de la société mère peut conduire certaines filiales à ne plus bénéficier individuellement du taux réduit d’IS à 15 %.
  • Atout : Le régime de l’intégration fiscale offre des leviers d’optimisation mais implique des contraintes techniques importantes, notamment en cas de sortie d’une filiale.

Le régime de l’intégration fiscale est régi par les dispositions des articles 223 A à 223 U du code général des impôts.

Dans le cadre d’une intégration fiscale, une société mère se constitue seule redevable de l’impôt sur les sociétés (IS) dû par l’ensemble des sociétés appartenant au même groupe.

L’intégration fiscale peut être horizontale : la société mère se constitue seule redevable de l’impôt sur les sociétés pour le groupe qu’elle constitue avec ses sociétés sœurs établies en France.

Il convient à cet égard que les sociétés sœurs soient détenues par la même entité européenne.

Lorsque l’intégration fiscale est verticale (ce qui est le cas le plus fréquent), le groupe est formé de la société mère (seule redevable de l’impôt sur les sociétés) et de ses filiales.

Plusieurs conditions doivent être remplies pour bénéficier du régime de l’intégration fiscale.

Points clésRéponses rapides
PrincipeLa société mère devient seule redevable de l’IS dû par le groupe intégré.
Effet principalLes bénéfices et déficits des sociétés intégrées sont compensés pour déterminer le résultat d’ensemble.
Seuil de détentionLa société mère doit en principe détenir au moins 95 % du capital social et des droits de vote des filiales.
Sociétés concernéesSociétés soumises à l’IS en France, avec des exercices alignés.
OptionL’option est exercée par la société mère pour 5 ans, avec tacite reconduction.
Avantage principalCompensation des résultats et quote-part réduite sur certaines distributions intragroupe.
Inconvénient principalRégime technique, avec contraintes déclaratives et conséquences en cas de sortie du groupe.
Régime mère-filleLe régime mère-fille vise surtout les dividendes ; l’intégration fiscale organise une imposition d’ensemble du groupe à l’IS.
Intégration horizontalePossible sous conditions entre sociétés sœurs françaises détenues par une entité mère européenne.
Intégration Fiscale : conditions et conséquences

Les développements qui suivent détaillent les conditions d’accès au régime, ses effets sur le résultat d’ensemble, ses principaux avantages et ses limites pratiques pour les groupes de sociétés.

Conditions à respecter pour mettre en place une intégration fiscale

Qu’est-ce que l’intégration fiscale ?

Une intégration fiscale peut être mise en place entre une société mère (qui peut être une holding animatrice de groupe) et des filiales soumises à l’impôt sur les sociétés en France au taux de droit commun.

Ces sociétés peuvent être soumises de plein droit, ou sur option, à l’impôt sur les sociétés en France.

La forme juridique des sociétés, ainsi que la nature de leur activité, importent peu.

Certaines sociétés ne peuvent pas bénéficier du régime de l’intégration fiscale, dans la mesure où une partie de leur résultat échappe à l’impôt sur les sociétés.

Quelles sociétés peuvent entrer dans le périmètre d’intégration ?

Une filiale étrangère d’une société française ne peut pas entrer dans le périmètre d’intégration.

C’est différent si la société a un établissement stable en France.

Dans ce cas en effet, elle est soumise à l’impôt sur les sociétés en France à raison du résultat dégagé par cet établissement.

Cela étant, il convient que l’exercice comptable des sociétés concernées coïncide. Cet exercice doit être d’une durée de 12 mois. La durée de l’exercice peut être modifiée dans certains cas.

Il convient par ailleurs que le capital de la société mère ne soit pas détenu à 95% ou davantage par une société passible de l’impôt sur les sociétés.

Il est toutefois possible que la société mère française soit détenue par un groupe étranger à plus de 95%, ou par plusieurs sociétés françaises soumises à l’impôt sur les sociétés (si aucune d’entre elles n’atteint individuellement le seuil de détention de 95%), ou à plus de 95% par une société française non soumise à l’impôt sur les sociétés (par exemple une société civile).

Le seuil de détention de 95 %

Le capital social des filiales doit en outre être détenu, directement ou indirectement, à 95% au moins par la société mère. Cette détention doit être continue durant tout l’exercice.

Si le seuil de 95% est franchi en cours d’exercice, la filiale pourra être incorporée au titre de l’exercice suivant.

Le seuil de détention de 95% correspond à la détention en pleine propriété de 95% des droits de vote et de 95% des droits aux dividendes.

À noter que depuis la loi de finances pour 2024, certaines modalités particulières s’appliquent pour le calcul du seuil de détention de 95 % lorsque des titres sont émis ou attribués dans le cadre de dispositifs d’actionnariat salarié.

Dans ce cas, les titres détenus par les salariés peuvent, sous conditions et dans certaines limites, être exclus du calcul du taux de détention.

Ces aménagements visent à éviter qu’un dispositif d’actionnariat salarié ne remette en cause mécaniquement l’intégration fiscale.

Option pour l’intégration fiscale et accord des filiales

Le régime de l’intégration fiscale suppose une option, laquelle doit être exercée par la société mère.

L’option est valable 5 ans, puis se renouvelle par tacite reconduction par période de 5 ans.

Il sera fait observer qu’il est possible de n’inclure dans le périmètre de l’intégration que certaines filiales, à l’exclusion d’autres (même si ces dernières sont détenues à plus de 95%).

Pour être intégrées fiscalement, les filiales doivent donner leur accord.

L’option pour le régime de l’intégration fiscale doit être notifiée par la société mère au plus tard lors du dépôt de la déclaration des résultats de l’exercice précédant celui au cours duquel elle est exercée.

L’option doit indiquer la liste des filiales intégrées, et être accompagnée de leur accord formel à leur intégration.

intégration fiscale

L’imposition du résultat d’ensemble

Comment est déterminé le résultat d’ensemble ?

La société mère détermine le résultat d’ensemble du groupe intégré.

Seule la société mère bénéficie de la qualité de redevable de l’impôt pour l’ensemble du groupe intégré.

En pratique, chacune des sociétés du groupe intégré commence à établir la déclaration de ses propres résultats (article 223 B du code général des impôts).

Dans un second temps, c’est à la société mère de déclarer le résultat d’ensemble du groupe intégré.

En cas de contrôle fiscal, l’administration est en droit d’auditer les déclarations de résultat de chacune des sociétés du groupe, ainsi que la déclaration d’ensemble du résultat.

Pour déterminer le résultat d’ensemble du groupe, il convient d’additionner les résultats de chaque filiale membre du groupe.

La société mère doit réaliser des retraitements lors de la détermination du résultat d’ensemble.

L’idée est de réaliser une compensation entre les bénéfices et les déficits des différentes entités formant le groupe intégré.

Ce mécanisme présente un intérêt particulier dans les opérations de reprise avec holding d’acquisition, lorsque les charges financières supportées par la holding peuvent être compensées avec les bénéfices réalisés par la société cible intégrée, sous réserve des règles limitant la déduction des charges financières.

Cela étant, l’intégration fiscale modifie profondément la logique d’imposition : l’impôt sur les sociétés est calculé au niveau du résultat d’ensemble du groupe et non plus au niveau de chaque société prise isolément.

En pratique, cela peut conduire à neutraliser, pour certaines filiales bénéficiaires, l’avantage qu’elles auraient retiré du taux réduit d’IS à 15 % si elles avaient été imposées séparément.

Toutefois, cette situation dépend étroitement de la configuration du groupe.

Cela étant, certaines opérations intragroupe font l’objet de retraitements pour la détermination du résultat d’ensemble.

Le régime permet notamment de neutraliser, sous conditions, certaines conséquences fiscales de cessions internes au groupe, sans que cela puisse être assimilé à une exonération générale et définitive.

Toutefois, en cas de cession de titres de participation entre entités du même groupe, une quote-part de frais et charges de 12% est imposée (article 223 F du code général des impôts).

Cette quote-part est également imposable lorsqu’une société du groupe cède des titres de participation à une entité qui ne fait pas partie du groupe.

À titre d’exemple, si une société du groupe cède des titres de participation à une autre société du groupe, et réalise à cette occasion une plus-value à long terme de 100.000 euros, le montant de la quote-part de frais et charges s’élève alors à 12.000 euros (100.000 x 12%).

À noter par ailleurs que les abandons de créances et subventions consentis entre sociétés intégrées du même groupe ne sont plus neutralisés pour la détermination du résultat d’ensemble, pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2019.

Cela étant, la société mère est en droit d’imputer sur l’impôt sur les sociétés dont elle est redevable les crédits d’impôt dont bénéficient les filiales.

Quel est le sort des déficits dans l’intégration fiscale ?

Il est interdit d’imputer les déficits antérieurs à la période d’intégration sur les résultats du groupe.

Ils restent isolés au niveau des filiales. Ils ne sont ainsi imputables que sur le résultat individuel de la filiale, et non sur le résultat d’ensemble.

Leur utilisation suppose donc un suivi distinct, notamment lorsque la société intégrée disposait déjà de déficits avant son entrée dans le groupe.

Les déficits ultérieurs sont toutefois imputables sur les résultats du groupe.

Dividendes intragroupe et quote-part de frais et charges

Les distributions intragroupes, qui ne relèvent pas du régime mère-fille, sont neutralisées à hauteur de 99%.

Autrement dit, il y a une exonération d’impôt sur les sociétés sur les dividendes, sauf sur une quote-part de frais et charges de 1%.

En pratique, lorsque le taux normal de l’IS est de 25%, cette quote-part de 1% aboutit à une imposition effective de 0,25% du montant des dividendes concernés.

À noter que l’article 52 de la loi de finances pour 2024 a apporté une nouveauté pour les dividendes perçus en provenance de filiales résidentes d’un État membre de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d’assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales.

Le taux réduit de 1% s’applique si la société mère n’a pas opté pour le régime de l’intégration fiscale (alors qu’elle pouvait le faire compte tenu de ses liens capitalistiques avec d’autres sociétés françaises), dès lors que les conditions posées pour former un groupe intégré avec la filiale européenne concernée seraient remplies si cette dernière était assujettie à l’impôt sur les sociétés en France.

Ces dispositions s’appliquent à l’impôt sur les sociétés dû au titre des exercices clos depuis le 31 décembre 2023.

Il convient toutefois de préciser que, pour les exercices clos depuis le 31 décembre 2023, le bénéfice du taux réduit de quote-part de frais et charges (1 %) est subordonné à une condition de durée d’appartenance au groupe.

En principe, la société distributrice doit appartenir au groupe depuis au moins un exercice complet.

Cette exigence vise à éviter l’utilisation ponctuelle du régime à des fins d’optimisation.

Quoi qu’il en soit, la société mère est seule redevable de l’impôt sur les sociétés dû sur le résultat d’ensemble du groupe. Toutefois, chaque société membre du groupe reste tenue solidairement au paiement de l’impôt sur les sociétés.

Que se passe-t-il en cas de sortie du groupe ?

Lorsqu’une filiale cesse d’être intégrée, des mesures de neutralisation sont rétroactivement remises en cause.

En particulier, les plus-values internes deviennent imposables.

De plus, les abandons de créances et les subventions sont réintégrés.

La filiale sortante ne peut plus déduire de ses résultats ultérieurs les déficits subis durant la période d’intégration, ceux-ci étant déductibles au niveau de la société tête de groupe.

La filiale concernée peut être indemnisée à ce sujet si une telle indemnisation est prévue dans la convention d’intégration.

Quoi qu’il en soit, l’intégration fiscale peut offrir de sérieux avantages, mais elle présente également des conditions et des implications à bien comprendre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce régime, ses avantages spécifiques et ses limites, vous pouvez nous contacter via notre formulaire de contact.


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Didier MAJEROWIEZ
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L'auteur de cet article

Avec plus de 20 ans d’expérience en droit fiscal et en droit du patrimoine, dont plusieurs années au sein du cabinet Deloitte, Didier MAJEROWIEZ décrypte sur Fiscaloo des problématiques d’impôt, de patrimoine et d’entreprise.

Diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est titulaire du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA), obtenu en 2003.

Ses analyses portent notamment sur le contrôle et le contentieux fiscal, la fiscalité internationale, la fiscalité immobilière, la structuration fiscale et patrimoniale, ainsi que la transmission de patrimoine.

Régulièrement sollicité par des médias spécialisés, il apporte un éclairage technique sur les évolutions récentes et les difficultés d’application de ces matières.

Ses décryptages sont également diffusés sur LinkedIn, YouTube, TikTok, Instagram et les plateformes de podcast, avec une audience cumulée de plus de 35.000 abonnés.

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