Prescription fiscale : 3 ans, 6 ans ou 10 ans

📌 L’essentiel de l’article

  • Principe : en matière de prescription fiscale, l’administration ne peut pas corriger indéfiniment une situation fiscale.
  • Modalités : les délais de reprise sont en principe de trois ans, mais peuvent être plus courts ou plus longs selon l’impôt concerné et la situation du contribuable.
  • Point de vigilance : dans certains cas particuliers, notamment en cas d’activité non déclarée ou de comptes à l’étranger dont les références n’ont pas été déclarées, l’administration fiscale peut disposer d’un délai étendu pouvant aller jusqu’à dix ans.

En matière fiscale, l’administration bénéficie d’un droit de reprise lui permettant de procéder à la correction des omissions, inexactitudes ou insuffisances lors de l’établissement ou du paiement de l’impôt.

Ce droit de reprise est strictement limité dans le temps. On parle alors de prescription fiscale.

Cela signifie que l’administration fiscale doit respecter une limite temporelle pour pouvoir procéder à des corrections d’impôt.

Lorsque le délai de reprise est expiré, la prescription fiscale est alors acquise. En pareille hypothèse, l’administration ne peut plus procéder à une rectification de l’impôt dû au titre de la période concernée.

Il existe différents délais de prescription fiscale selon les impôts concernés. Ces délais peuvent le cas échéant être interrompus ou prorogés sous certaines conditions.

Prescription Fiscale : Combien de temps le fisc peut revenir en arrière ?

Note de mise à jour

Cette vidéo présente les règles générales de la prescription fiscale. Depuis sa publication, la loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales a modifié certains délais particuliers de reprise. Les règles actuellement applicables sont précisées dans l’article ci-dessous.

Les règles générales applicables en matière de prescription fiscale

Conformément aux dispositions de l’article L. 173 du Livre des procédures fiscales, en matière de taxe foncière, le délai de reprise de l’administration fiscale est en principe d’un an.

Il s’exerce ainsi jusqu’à la fin de l’année suivant celle au titre de laquelle l’imposition est due.

Ce délai relativement court s’explique notamment par le fait que cette taxe est en principe établie sans déclaration annuelle du contribuable.

L’article L. 173 précité du Livre des procédures fiscales prévoit toutefois que ce délai peut être porté à trois ans lorsque le contribuable a bénéficié d’une exonération ou d’un allègement dépendant de ses revenus et que son impôt sur le revenu fait ensuite l’objet d’une rectification.

L’article 105 de la loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales a porté à trois ans le délai de reprise applicable à la taxe annuelle sur les logements vacants, à la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et à la taxe d’habitation afférente aux logements vacants.

Ces nouvelles règles s’appliquent aux délais de reprise venant à expiration à compter du 26 juin 2026, date de publication de la loi.

Cela étant, conformément aux dispositions des articles L.169 et suivants du livre des procédures fiscales, le délai de reprise de droit commun de l’administration fiscale expire, en matière d’impôt sur le revenu et d’impôt sur les sociétés, à la fin de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l’imposition est due.

À titre d’exemple, pour les revenus de l’année 2025 (déclarés au printemps 2026), le délai de reprise de l’administration fiscale s’éteindra le 31 décembre 2028.

Le délai de reprise peut toutefois être étendu à 10 ans (au lieu de 3 ans) dans certains cas particuliers.

C’est notamment l’hypothèse de l’exercice par le contribuable d’une activité occulte (c’est-à-dire une activité pour laquelle le contribuable n’a fait aucune déclaration fiscale, et qu’il n’a pas déclaré officiellement).

Le délai de prescription fiscale passe également à 10 ans lorsque le contribuable n’a pas déclaré ses comptes bancaires à l’étranger, ses contrats d’assurance-vie souscrits auprès d’un organisme établi à l’étranger, ou des comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger.

Il en va de même notamment en l’absence de déclaration d’avoirs détenus dans un trust à l’étranger.

Le délai de reprise est également porté à dix ans lorsqu’une personne physique se prévaut d’une fausse domiciliation fiscale à l’étranger.

Pour les comptes bancaires à l’étranger, le délai de reprise repasse à trois ans si le contribuable prouve que le total des soldes créditeurs de ses comptes à l’étranger n’a pas excédé 50.000 euros à un moment quelconque de l’année au titre de laquelle cette déclaration devait être réalisée.

En matière de TVA, le droit de reprise de l’administration fiscale court jusqu’à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle est intervenue l’exigibilité de cette taxe.

S’agissant de la CFE (cotisation foncière des entreprises), le délai de reprise expire le 31 décembre de la troisième année suivant celle au titre de laquelle cette imposition est due.

Ce délai peut exceptionnellement passer de 3 ans à 10 ans dans l’hypothèse de l’exercice par le contribuable d’une activité occulte (ou en cas de flagrance fiscale).

Cela étant, conformément aux dispositions des articles L.180 et L.186 du livre des procédures fiscales, en matière de droits d’enregistrement et d’IFI (impôt sur la fortune immobilière), le délai de reprise court jusqu’au 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle intervient l’exigibilité de ces droits et impôts.

Ce délai de trois ans suppose, en matière d’enregistrement et d’IFI, que les droits et impôts aient été suffisamment révélés à l’administration fiscale (via un acte ou une déclaration spécifique).

En l’absence de déclaration ou d’acte présenté à la formalité de l’enregistrement, le délai de reprise passe alors de 3 ans à 6 ans à compter de la date du fait générateur de l’impôt (par exemple le décès du contribuable en matière de droits de succession, ou le 1er janvier de l’année d’imposition en matière d’IFI).

Dans tous les cas, l’administration fiscale doit établir l’impôt, par émission d’un rôle ou d’un avis de mise en recouvrement, avant l’expiration du délai de reprise.

À noter que les éléments qui précèdent concernent le droit de reprise de l’administration fiscale en matière d’assiette.

En matière de recouvrement de l’imposition proprement dite, les comptables publics disposent d’un délai de 4 ans, à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle (ou de l’envoi de l’avis de mise en recouvrement) pour obtenir le règlement de la dette d’impôt du contribuable.

La prescription de l’action en recouvrement est acquise en l’absence d’acte interruptif (comme une mise en demeure de payer l’impôt) ou suspensif (comme une demande de sursis de paiement du côté du contribuable) dans le délai imparti.

En cas de doute sur le délai de reprise applicable, l’expertise d’un avocat fiscaliste peut s’avérer utile pour analyser cet aspect parfois complexe.

Les cas d’interruption ou de prorogation du délai de prescription fiscale

Le délai de reprise de l’administration fiscale peut être interrompu dans certains cas.

En cas d’interruption du délai de reprise, l’administration fiscale bénéficie alors d’un nouveau délai pour mettre en recouvrement les droits et impôts rectifiés.

Une proposition de rectification peut interrompre le délai de reprise de l’administration fiscale, à condition qu’elle soit notifiée avant la fin de ce délai.

Cette notification a pour effet d’interrompre la prescription dans la limite du montant des rectifications proposées (sauf en présence d’un éventuel vice de procédure).

Le délai de reprise peut également être interrompu en cas de notification de bases d’imposition d’office au contribuable concerné.

Le délai de prescription peut également faire l’objet d’une interruption par des déclarations ou notifications de procès-verbaux, ainsi que par tout acte qui comporterait une reconnaissance de la part du contribuable de la dette d’impôt (par exemple une demande de délai de paiement).

prescription fiscale

Les demandes en justice ainsi que les actes d’exécution forcée peuvent également interrompre la prescription.

Cela étant, le délai de reprise de l’administration fiscale peut être prorogé en cas de demande d’assistance administrative internationale.

À cet égard, à la suite de l’article 101 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, l’article L. 188 A du Livre des procédures fiscales prévoit désormais que le délai de reprise est prorogé jusqu’à la fin de la deuxième année suivant celle de la réception de la réponse de l’autorité étrangère, dans la limite du terme maximal prévu par ce texte.

La prorogation du délai de reprise suppose le respect de certaines conditions, et notamment que la demande d’assistance administrative internationale soit effectuée dans le délai initial de reprise.

Par ailleurs, l’article L. 188 B du Livre des procédures fiscales prévoit une prorogation du délai de reprise en cas d’ouverture d’une enquête judiciaire pour fraude fiscale.

Dans ce cas, l’article L. 188 B du Livre des procédures fiscales, tel que modifié par l’article 101 précité de la loi du 25 juin 2026, prévoit désormais que le délai de reprise est prorogé jusqu’à la fin de la deuxième année suivant celle de la décision mettant fin à la procédure judiciaire, sous réserve de la limite maximale prévue par ce texte.

Ces allongements s’appliquent aux délais de reprise venant à expiration à compter du 26 juin 2026, date de publication de la loi.

En outre, l’article L. 187 du Livre des procédures fiscales prévoit également une prorogation du délai de reprise de l’administration fiscale en cas de dépôt de plainte pour fraude fiscale.

C’est l’hypothèse où, dans le cadre d’un contrôle fiscal, l’administration découvre des agissements frauduleux du contribuable, qui la conduisent à porter plainte pour fraude fiscale.

Dans ce cas, le délai de reprise est prorogé de deux années, ce qui permet à l’administration de procéder à des rappels d’imposition au titre des deux années précédant celle de la période initialement vérifiée.

Vous vous demandez si un impôt est prescrit ? Vous êtes concerné par un contrôle fiscal ou une régularisation potentielle ?

Les règles de prescription fiscale dépendent de nombreux facteurs (impôt concerné, activité déclarée ou non, présence de comptes à l’étranger, etc.).

Une analyse spécifique est souvent nécessaire pour apprécier le risque de reprise ou de redressement.

Vous pouvez nous adresser un bref descriptif de votre situation via notre formulaire de contact. Un premier échange confidentiel permettra d’y voir plus clair et, le cas échéant, d’envisager les options adaptées à votre cas.

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Didier MAJEROWIEZ

L'auteur de cet article

Avec plus de 20 ans d’expérience en droit fiscal et en droit du patrimoine, dont plusieurs années au sein du cabinet Deloitte, Didier MAJEROWIEZ décrypte sur Fiscaloo des problématiques d’impôt, de patrimoine et d’entreprise.

Diplômé de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est titulaire du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA), obtenu en 2003.

Ses analyses portent notamment sur le contrôle et le contentieux fiscal, la fiscalité internationale, la fiscalité immobilière, la structuration fiscale et patrimoniale, ainsi que la transmission de patrimoine.

Régulièrement sollicité par des médias spécialisés, il apporte un éclairage technique sur les évolutions récentes et les difficultés d’application de ces matières.

Ses décryptages sont également diffusés sur LinkedIn, YouTube, TikTok, Instagram et les plateformes de podcast, auprès de plus de 35.000 abonnés, avec plusieurs millions de vues et d’impressions cumulées.

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